Via les sites de rencontres et les « tchats », ça roucoule d’un service à l’autre, d’une ville à l’autre… Gare, le webmaster veille!

Béatrice vient d’arriver au bureau. Cette jolie brune de 29 ans travaille dans une société parisienne d’une dizaine de salariés. Elle allume son ordi : en bas, à gauche de l’écran, une icône clignote. Message : « Slt beauté. Bonne soirée? »… « Pas assez dormi »… « Très joli ce petit décolleté… Sexy!! lol »… Entre Béatrice et son correspondant, un simple écran d’ordinateur les sépare. Ils travaillent dans la même pièce. Ils peuvent se toucher, se parler. Pourtant, dans l’open-space, pas un mot. Mais sur mails et « chats », les billets doux se ramassent à la pelle. Et les souris dansent. «Vrai que ça rend l’approche plus discrète, confirme Laurent, webmaster et usager des “chats” sur ses heures de boulot. “Et que ça évite, poursuit-il, les remarques genre hé hé, on vous voit souvent à la machine à café…”

Soft et véloces, ces outils font le bonheur des timides et des tchatcheurs de clavier. De presque tous ceux travaillant avec un écran connecté. Valérie, chef de service dans une administration des Hauts-de-Seine, raconte : “J’ai rencontré Thierry par l’intranet. On venait juste de nous installer le réseau et j’avais toujours des problèmes de connection. Il travaillait au support informatique. Je lui envoyais donc régulièrement des messages pour lui demander des conseils. Au début, j’adoptais un ton neutre. Nous étions dans les mêmes locaux, mais je ne l’avais jamais vu. Très vite complices, on a commencé à se tutoyer et à s’écrire sans aucun rapport avec le boulot. Plusieurs semaines d’affilée. Nos discussions sont devenues de plus en plus chaudes… Finalement, je lui ai demandé son numéro de portable et nous avons fini par déjeuner.” Rendez-vous pris. Monsieur était marié. Valérie a préféré en rester là. Au flirt. Un rapport parfaitement protégé.
“Pas toujours”, raconte Arnaud, consultant en gestion. “J’effectuais une mission dans une société. J’avais sympathisé avec une des employées. Comme je faisais une soirée chez moi, je me suis dit que ça serait sympa de l’y convier. En guise d’invitation, je lui ai envoyé un mail. Sans équivoque. » Quelques jours plus tard, Arnaud apprend que la mission lui est retirée et qu’un autre cabinet a été mandaté à sa place. Étonné, il cherche l’erreur : “La boîte m’accusait d’avoir dragué une de leurs collaboratrices. Il s’agissait du mail envoyé. » Son concurrent direct avait fouillé sa messagerie pour trouver une faille et prendre la place. Déloyal, condamnable devant un tribunal, mais efficace : Arnaud a perdu son client et l’envie de “l’approche.net” Méfiance justifiée : “Les serveurs internes gardent la trace de toutes les correspondances. Si quelqu’un cherche à en connaître le contenu, c’est un jeu d’enfant”, confie le webmaster d’une grande entreprise de nouvelles technologies de l’information et de la communication.

La parade du pro? Tous les bons amateurs connaissent : “Moi, je me sers d’une messagerie instantanée, Skype. Il en existe beaucoup d’autres : ICQ, Yahoo Messenger… Elles sont utilisées quotidiennement dans 70% des entreprises, et le plus souvent sans la bénédiction des directions informatiques qui n’y ont pas accès. Les conversations sont plus difficiles à intercepter car le serveur interne n’en garde aucune trace!” Bien pratique, à en croire également Christophe qui, depuis plus d’un an, “entre deux tâches”, entretient une cyber-relation Paris-Canada avec Natacha.

Premier contact sur un site de rencontre sérieux, puis échange de pseudos (respectivement, “Zorro” et “Clochette”) pour se retrouver sur messagerie. Ils ne se sont jamais vus et pourtant : “Entre nous, c’est brûlant! Il n’y a aucun tabou et une vraie liberté d’expression. Dès que j’ai un moment au bureau, je me mets sur Yahoo. Parfois nos échanges durent quelques secondes. Parfois plusieurs dizaines de minutes. Ça dépend du taf.” Consciencieux, tout de même! Pour éviter les batifolages virtuels, certaines boîtes ont toutefois trouvé une solution. Le verrouillage des téléchargements des messageries instantanées et de l’accès aux “chats” et aux sites de rencontres. C’est la ceinture logicielle.

À ces dragueurs du bureau, à ces condamnés à l’écran morne, un seul conseil : le retour au terrain. Tout bas dans l’ascenseur ou sur le trottoir : “Heeuu, vous habitez chez vos parents?” Dur.

 

Originally posted 2013-09-27 22:29:08.

 

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